Dans cette commune côtière du nord-ouest du Sénégal, les dynamiques de mobilité humaine ne peuvent plus être analysées indépendamment des réalités climatiques et socio-économiques.

Le 6 mai dernier, une mission conjointe d’Enda Tiers Monde et du Conseil Danois pour les Réfugiés est venue rappeler l’urgence d’adopter des approches territoriales intégrées pour mieux protéger les communautés vulnérables.

À première vue, Fass Boye conserve le visage paisible des localités de pêche tournées vers l’Atlantique. Mais derrière cette image se dessinent des fragilités profondes : raréfaction des ressources halieutiques, précarisation des ménages, migrations de plus en plus risquées et exposition accrue aux effets du changement climatique.

Dans ce contexte, la mission menée dans le cadre des programmes P2P-EMBRACE a permis de renforcer le dialogue avec les communautés locales et les acteurs institutionnels. Une démarche inscrite dans une logique de prévention des vulnérabilités et de consolidation de la résilience communautaire.

Au cœur des échanges, le CARIMA (Centre d’Accompagnement pour la Réinsertion et l’Insertion des Migrants Africains) de Fass Boye s’affirme comme un espace clé d’écoute, d’orientation et d’accompagnement des migrants, des migrants de retour et des populations fragilisées.

Bien au-delà d’une simple visite, cette mission a mis en lumière les liens étroits entre migration, pressions économiques et changements environnementaux. Dans ces territoires côtiers, ces dynamiques s’alimentent mutuellement et redéfinissent les vulnérabilités locales.

Les discussions ont porté sur les mécanismes de protection, les besoins psychosociaux, les dispositifs de réinsertion ainsi que les défis opérationnels des structures communautaires. Les impacts du changement climatique sur les moyens de subsistance, notamment dans les secteurs dépendant des ressources naturelles, ont également été largement soulignés.

La mission a réuni plusieurs acteurs engagés sur les questions de migration, de protection et de résilience, dont :

· Basma Khorsheed, Coordinatrice des partenariats P2P – DRC

· Dikha Camso, Monitoring – DRC

· Ibrahama Diop et Hildla Ontsia (Enda Tiers Monde)

· Abdoulaye Assane Lawali (DRC – climat)

· ainsi que des représentants communautaires, dont Fatou Kholle (Badiene Gox à Fass Boye), Mamou Ba (migrant de retour) et Moda Samb (premier adjoint au maire de Darou Khoudoss).

Cette diversité d’acteurs illustre l’importance croissante des approches participatives dans la gestion des enjeux migratoires et climatiques.

Dans de nombreuses localités sénégalaises, les centres comme le CARIMA jouent désormais un rôle d’interface entre action humanitaire, cohésion sociale et développement local. Leur action dépasse l’assistance directe : ils contribuent aussi à la prévention des fractures sociales et au renforcement de la résilience communautaire.

Les acteurs locaux ont insisté sur la nécessité de renforcer les dispositifs existants et de mieux coordonner les interventions, afin de construire des réponses durables, adaptées aux réalités territoriales et articulant protection sociale, inclusion économique et adaptation climatique.

Dans un contexte régional marqué par l’intensification des mobilités et des vulnérabilités environnementales, cette mission rappelle une évidence de plus en plus partagée : aucune réponse aux crises humaines n’est efficace sans une compréhension fine des dynamiques locales.

À Fass Boye, cette réalité s’impose désormais comme une urgence collective.