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Marième Sow, PCA de l’ONG Enda Tiers-monde : «Les élus locaux sont les premiers responsables de la spéculation foncière»

La zone des Niayes est très menacée par la spéculation foncière et les projets immobiliers. C’est ainsi que la présidente du Conseil d’administration  (Pca) d’Enda Tiers-monde, Marième Sow, insiste dans cet entretien sur l’urgence d’auditer le foncier du Sénégal et de préserver cette zone d’horticulture. A côté de l’Etat, dit-elle, les élus locaux et l’administration locale sont responsables de la spéculation foncière tant décriée.

Madame la Pca, le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, lors d’une visite dans la zone des Niayes, a constaté la pression immobilière et la spéculation foncière qui s’y développe et à suggéré un audit du foncier. Comment appréciez-vous cette proposition ?

Nous saluons la démarche du ministre. Les terres des paysans doivent être préservées. Si elles finissent entre les mains des multinationales, les paysans ne pourront plus exister. Ils seront employés par les multinationales. C’est à ce niveau  que nous avons eu à réaliser plusieurs activités de sensibilisation, de mobilisation pour dire non à l’accaparement des terres qui continue toujours. Nous avons été agréablement surpris par la sortie du ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Dr Pape Abdoulaye Seck, dans la zone des Niayes. L’Etat avait pour ambition de faire de cette zone un pôle de production de fruits et légumes et qui l’était déjà. Nous savons tous que les populations de la zone des Niayes étaient très heureuses avec cette culture maraîchère et arboricole. Maintenant, avec l’urbanisation, la proximité de Dakar leur a porté préjudice. Beaucoup de leurs terres sont parties bien avant 2003. Il y a des terres qui ont été morcelées par des colonels, des lieutenants. C’est tout une spéculation foncière qui existe depuis plusieurs années  par la disparition des potentialités de cette zone. Donc, s’il y a un ministre de l’Agriculture qui y effectue  une visite, qui discute avec les populations, je pense que c’est un effort à saluer. Il a aussi osé porter ces informations à la connaissance du gouvernement  et il pense qu’il faut un audit foncier. Nous l’avons réclamé avec nos partenaires de base juste deux mois après l’accession de Macky Sall au pouvoir. Nous avions constaté que les terres étaient  déjà parties et il y avait des multinationales et des particuliers qui avaient des délibérations  dans leurs poches. Nous avons eu peur du décret qui dit que toutes les personnes qui ont des permis d’occuper en zone  péri-urbaine peuvent les transformer en titre foncier. Aujourd’hui, toutes les communautés rurales sont devenues des communes. Est-ce que ceux qui ont des délibérations ne vont pas profiter de la communalisation de l’espace rural pour en faire des titres fonciers ? Il serait donc bien de faire un état des lieux  et de voir ceux qui ont des délibérations  pour des terres qu’ils n’exploitent  pas et freiner la spéculation foncière. Il est donc important de rappeler les propos de Amadou Mahtar Mbow qui disait que «le Sénégal, l’Afrique n’ont pas le droit de céder les terres aux étrangers. Il faut les sécuriser pour les générations futures». Nous pensons également que la Commission nationale de réforme du foncier gagnerait à faire participer les populations locales qui ont vécu la loi coutumière, la loi sur le domaine national et le phénomène d’accaparement des terres. Ils savent qu’il faut produire pour se nourrir. Pour une fois, avant d’engager la réforme, il faut tenir compte de leur vision et de leurs aspirations. C’est à ce moment qu’on va produire des lois qui seront applicables, parce que les populations vont s’y reconnaître.  Donc, nous invitons à écouter les femmes rurales et les organisations paysannes. Toutefois, il y a des magouilles où les populations sont responsables. Il faut donc trouver des mécanismes et des principes pour barrer la route à ces magouilles-là. Quelqu’un me disait qu’il faut faire de sorte que les terres soient inaliénables,  que ni les populations ne puissent vendre, ni l’Etat ne puisse distribuer, mais aussi de les doter d’un statut juridique qui permettra aux paysans d’accéder aux financements.

Dans le cas précis de la zone des Niayes, est-ce que vous ne feriez pas mieux d’indexer plutôt les élus locaux  que l’Etat, dans la mesure où la plupart des lotissements arbitraires, des affectations et de la spéculation foncière dont vous  parlez sont l’œuvre des collectivités locales ?

C’est sûr et certain que les élus locaux sont les premiers responsables de ce phénomène. Quand on leur parle, ils disent que ce sont les propriétaires qui vendent. Donc, c’est pourquoi il est important de partager le processus de la réforme foncière. Dans les Niayes, ce sont des paysans qui y ont des terres. Ensuite, il y a de grands fonctionnaires qui savent ce que dit la Loi sur le domaine national qui interdit de vendre, qui empêche de louer, qui condamne celui qui vend et celui qui loue. Ils trouvent toujours des mécanismes entre eux pour contourner la loi en parlant d’affectation. Nous savons tous que c’est vendu en dessous de table. Il faut également interroger l’Administration locale. Les Sous-préfets et les Préfets exercent un contrôle de légalité. Donc, c’est tout un système qu’il faut arriver à revoir avant de réformer le foncier. Si l’Etat avait mis certains garde-fous, on aurait pu freiner certaines pratiques. Les choses ne peuvent changer que si nous avons des élus et des gouvernants responsables face aux générations actuelles et futures.

Le même phénomène de spéculation est en train de se développer à Diass avec la construction du nouvel aéroport. Est-ce qu’il n’est pas temps de prendre des mesures conservatoires ?

C’est pour cela que j’invite le ministre de l’Agriculture, de la même manière qu’il a visité la zone de Sangalkam, Bambilor, de faire une visite dans la zone de Diass. Nous travaillons avec les producteurs de Keur Moussa. Quoiqu’on dise, ils exercent des activités qui leur permettent de vivre. Quand la construction de l’aéroport a démarré, on a vu des gros bonnets s’y  promener disant qu’ils veulent un hectare pour 4 millions de francs Cfa. Après, ils morcellent la parcelle. Ils se retrouvent facilement avec 40 parcelles de 150 m2 qu’ils vont revendre à deux ou trois millions l’une. Nous ne devons pas avoir une urbanisation tout azimut avec du béton seulement, mais une urbanisation avec des zones de culture où les gens peuvent faire du maraîchage, de l’arboriculture.

Dans le cadre de l’Aménagement du triangle Dakar-Thiès-Mbour, il est proposé que le président de la République prenne un décret de conservation en attendant que le schéma directeur soit mis en  œuvre. Etes-vous du même avis ?

Je ne sais pas si un décret de conservation ou le moratoire qu’on avait demandé peut arrêter tout. Si on arrête, au moment de l’application, il faut associer les populations qui vivent dans cette zone. Il ne s’agit pas aussi de réserver et se réveiller un jour pour dire qu’on déclasse pour X ou Y. Mais on peut bien réserver pour l’intérêt des populations. Un village n’est pas uniquement des cases.  Dans cette zone, il y a des villages qui sont déguerpis sans tenir compte de leur espace vital. Nous sommes en train, à travers des plateformes, avec le Conseil national de concertation des ruraux, d’encourager les paysans à sortir des règles de jeu pour la gouvernance du foncier et nous allons  les reverser  à la commission de réforme.

Dans le Plan Sénégal émergent, il est bien mentionné que l’Etat va promouvoir l’agriculture industrielle qui ne manquera pas de conséquences sur les exploitations familiales. Qu’est-ce que la Société civile peut faire pour aider les paysans à préserver les terres culturales ?

Même si l’Etat dit qu’il va promouvoir l’agriculture industrielle, il ne faut pas qu’il oublie l’autre obligation qui est la sécurité alimentaire. Je crois que les cultures vivrières sont une priorité de l’Etat. Si on doit promouvoir les cultures industrielles, je crois que c’est renforcer les cultures qui existent déjà et qui sont réalisées par les populations. Je veux parler de l’arachide, du coton.  Ce n’est pas uniquement ces promoteurs étrangers qui font cette industrialisation. Les producteurs le font déjà. Il faudra les renforcer par l’encadrement, l’accompagnement scientifique et l’organisation du marché. Le Sénégal ne va jamais émerger sans les Sénégalais. Sinon, on va se noyer.

Madame, croyez-vous  à la promesse relative à l’audit foncier ?

Bien sur que j’y crois. Peut-être qu’on ne pourrait pas arracher des cinq hectares  distribuées par ci- par là, mais des centaines d’hectares. Il faudra  auditer.

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