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Soumis par admin le mar 12/01/2021 - 15:14

DR MALAL TOURE, DIRECTEUR EXECUTIF DE ENDA EAU POPULAIRE
«D’ici 2025 on aura beaucoup avancé sur l’ODD 6 pour l’eau et l’assainissement»

 

(Enda Tiers monde) - Directeur exécutif de Enda Eau-populaire, Dr Malal Touré affiche son optimisme pour l’atteinte de l’ODD 6, relatif aux questions liées à l’eau potable et l’assainissement pour tous, d’ici 2030. Les investissements mis en place par l’Etat sénégalais le poussent à croire que, d’ici peu, les tensions qui se présentent sur l’accès à l’eau ne seront bientôt plus qu’un souvenir.

 

ENDA TIERS MONDE : L’ODD 6 appelle à «Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement». Le Sénégal est-il à même d’atteindre cet objectif ?

MALAL TOURÉ : Au niveau du Sénégal beaucoup a été fait en ce qui concerne l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. L’Etat a beaucoup investi. Quand vous circulez à l’intérieur du pays, vous voyez partout des forages et des châteaux d’eau qui sont financés dans le cadre du programme de l’Office des Forages Ruraux (OFOR), et en milieu urbain beaucoup d’installations ont été faites par la SONES dans le cadre de l’accès à l’eau potable en milieu urbain. Et je pense que d’ici 2025, même si on n’aura pas atteint les Objectifs de développement durable (ODD), on aura beaucoup avancé.

 

Mais la pandémie de la Covid 19 n’appelle-t-elle pas à des réajustements de la part du gouvernement pour améliorer la politique de l’eau et de l’assainissement ?

Je dirais oui et non, car l’accès à l’eau potable et la réalisation des infrastructures n’ont rien à voir avec la pandémie à Covid 19. Il ne faut pas que cette pandémie soit une barrière pour gêner tout ce qui est développement au Sénégal. L’accès à l’eau potable peut donc continuer son bonhomme de chemin sans penser à cette maladie qui risque de freiner beaucoup de chose. Quand on regarde les investissements pour le secteur urbain, avec la mise en place de «Keur Momar Sarr 3» dans le cadre de la résorption du déficit en eau de la ville de Dakar (c’est une conduite qui doit relier le Lac de Guiers à Dakar), elle est en cours et doit être fonctionnelle d’ici la fin de l’année. Je crois qu’on aura alors résorbé beaucoup de déficit. Il y a également un grand programme qui est mis en œuvre par l’OFOR à l’intérieur du pays. Ce sont des forages et châteaux d’eaux qui sont financés par l’Etat. Je pense donc que nous sommes sur la bonne voie pour atteindre ces ODD et je crois que la pandémie à Covid 19 ne peut arrêter cette lancée.

 

Comment se présente la situation dans les zones où intervient Enda Eau Populaire ?

Nous, nous intervenons dans le milieu rural et là-bas le problème ne se pose pas. Le problème c’est dans le milieu urbain, comme Dakar, où on se retrouve avec un déficit d’environ 200 à 300 m3 d’eau par jour. Donc c’est surtout en milieu urbain que le problème se pose ; surtout à Dakar. Avec les financements de l’Etat, concernant KMS3 qui sera fonctionnelle d’ici la fin de l’année 2020, mais aussi avec la mise en œuvre de l’unité de dessalement des Mamelles qui est en cours de réalisation, je crois, avec ces deux infrastructures, qu’on pourra plus ou moins résorber le déficit dans la ville de Dakar. 

 

Des multinationales se positionnent dans le domaine. Que pensez-vous de cette marchandisation de l’eau qui tend à devenir inaccessible aux populations ?

Les multinationales se positionnent suite à des appels d’offres qui ont été lancées par le gouvernement du Sénégal. C’est dommage qu’on n’ait pas des sociétés nationales qui soumissionnent, parce que les conditions n’y sont pas. Cela demande beaucoup de moyens pour soumissionner et c’est vrai que ce sont les multinationales qui viennent chez nous le faire. Mais en parallèle, nous avons la Société Nationale des Eaux du Sénégal qui est là pour contrôler, évaluer et superviser tout ce qui se fait. Donc je crois que le problème ne se posera pas à ce niveau. Les multinationales ont des Termes de références à respecter et s’ils ne les respectent pas il y a des recours auxquels ils auront à faire face.

 

Quels rôles devraient revenir aux initiatives citoyennes pour résoudre la question de l’assainissement et de l’accès à l’eau ?

Il y a deux ans de cela, on avait mis sur pied la Plateforme des Organisations de la Société Civile pour l’Assainissement au Sénégal. Cette plateforme a comme objectif de dialoguer avec l’Etat du Sénégal et d’attirer son attention sur les manquements notés, sur ce qui a été fait et sur ce qui ne l’a pas été, mais aussi sur ce que nous pouvons faire. Aujourd'hui nous travaillons en parfaite intelligence avec l’Etat du Sénégal et nous pensons que nous pouvons donner une impulsion aux développements dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Tous les acteurs qui travaillent pour l’eau et l’assainissement se trouvent réunis au niveau de cette plateforme.

 

Avec la Gambie, la Guinée Bissau, la Mauritanie et la Guinée, le Sénégal est dans une région bien arrosée. Pourquoi note-t-on cette crise de l’eau qui sévit ? 

C’est vrai nous ne sommes pas à l’abri d’une crise de l’eau. Mais ce n’est pas une crise de l’eau parce qu’il y a un manque, mais une crise de l’eau du côté de sa gestion. Je me rappelle qu’il y a quelques années on avait des problèmes avec la Mauritanie quand on a voulu mettre en place le projet du Lac de Guiers. La Mauritanie s’était opposée à ce qu’on puisse prélever de l’eau du Fleuve Sénégal pour approvisionner en place ce lac. Et jusqu’à présent on n’a pas encore réussi à régler ce problème. Ce sont ces problèmes qui vont se poser au fur et à mesure. Mais je pense qu’avec la mise en place de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) et de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG), on a un cadre de dialogue qui nous permet de surmonter de telles difficultés.

 

La ville de Dakar se prépare à accueillir, en 2021, le 9ème  Forum Mondial de l’Eau. Comment Enda Eau Populaire s’y prépare ?

Nous nous préparons pour le Forum Mondial de l’Eau dans le cadre de la Plateforme des organisations de la société civile pour l’eau et l’assainissement. Nous sommes représentés au sein du Comité d’orientation et de suivi du Forum Mondial de l’eau et j’assure la participation de la société civile. C’est là que se prennent les décisions, là que se décide ce qui doit être fait ou non. Indépendamment de cela, je suis membre du Comité pilote pour l’Eau et l’Assainissement Transfrontalier et on a d’autres membres qui sont dans des groupes d’actions, des groupes pilotes pour essayer d’apporter leur contribution à la réussite du Forum Mondial de l’Eau.

 

N’y a-t-il pas une préparation particulière à Enda Eau-populaire ?

Non, il n’y a pas une préparation particulière parce qu’on s’était engagé au niveau de la plateforme d’orientation de la société civile pour l’Eau et l’Assainissement dont nous sommes membre fondateur. J’assure la vice-coordination et la coordination est confiée à Eau-Vive à Thiès. Donc vouloir préparer quelque chose à part c’est comme trahir la plateforme. C’est ce qu’on veut éviter. On n’a pas voulu que chaque ONG s’engage en solo. Nous avons voulu y aller en groupe car l’union fait la force.

 

Est-ce qu’il n’y a pas des aspects thématiques qu’enda tiers-monde pourrait prendre en charge dans ce sommet ?

Il y beaucoup d’aspects thématiques que nous pourrons prendre en charge dès que nous aurons terminé de mettre en place des groupes d’actions qui vont proposer des actions pour le Forum Mondial de l’Eau. Nous devons terminer les travaux d’ici la fin du mois de juillet. Une fois ces actions mises sur la table, chacun sera libre de contribuer quelque part.

 

Author
Awa Ly, Tidiane Kassé

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